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  • Bénédicte Le Gall

Amélia Bell, la boulangerie autrement

Les habitants du 11e arrondissement de la capitale ne tarissent pas d’éloges sur Mie Mie, une boulangerie ouverte à la rentrée dernière, qui propose un pain alliant qualité et saveur, le tout à un prix raisonnable.


Amélia Bell derrière le comptoir de sa boulangerie Mie Mie | ©Bénédicte Le Gall

« J’ai toujours été une grande fan de nourriture », explique Amélia. La boulangère a été élevée au sein d’une famille attachée tant à la qualité et à la provenance/sourcing des produits, qu’au bien-être animal : chez elle, tout le monde est végétarien. « Parfois les gens pensent que, sans viande, l’assiette est triste. Avec mes parents, c’est tout l’inverse : ils redoublaient toujours d’efforts pour nous proposer des plats recherchés et diversifiés », explique-t-elle. Depuis petite, le repas est pour elle un moment de plaisir, qu’elle attend avec impatience. Mais, au départ, elle voit davantage le domaine de la food comme une passion, plutôt que comme un métier.





A l’école, elle décide de suivre une voie généraliste. Pourtant, après une licence d’économie, un master en école de commerce, et trois ans passés à travailler dans le secteur de la finance, Amélia se remet en question :« Je me suis dit : je vais avoir 30 ans et je n’aime pas ce que je fais : est-ce que j’attends mes 50 ans pour changer, ou est-ce que je me lance maintenant ? ». Pourquoi avoir jeté son dévolu sur la boulangerie ? Avant tout pour son amour du sucré : « Toute mon enfance, j’ai évolué au sein d’une famille de gourmands : on n’avait pas de déjeuner du dimanche, mais un goûter du dimanche ! ».


Une reconversion en boulangerie


En 2018, elle entame une reconversion et passe en un an son CAP Boulanger. « A l’école, on nous apprend la boulangerie traditionnelle et la production de grandes quantités : ce n’était pas la vision que j’avais pour ma future entreprise, mais je savais que j’étais obligée de passer par là, de comprendre par où sont passées les jeunes générations, pour par la suite faire évoluer les choses en boulangerie ! ». Pour ses stages, elle choisit Mamiche et Saint : des établissements qui lui ressemblent, soucieux, comme elle, de la qualité des produits et du bien-être au travail. Chez Mamiche, elle se passionne pour la réalisation des viennoiseries. Chez Sain, elle découvre le métier de tourière avec Emilie, qui lui transmet ses connaissances. Cette pratique, de moins répandue aujourd’hui, la captive instantanément, si bien qu’elle a choisi de s’occuper elle- même du tour chez Mie Mie.


Puis, elle prête main forte à son amie Florence, qui ouvre sa boulangerie dans le 19 e

arrondissement, Milligramme : « Cette expérience a été très formatrice : en assistant au

lancement d’un commerce, j’ai pu me confronter aux éventuels problèmes que je pourrais

moi aussi rencontrer à l’avenir ». C’est en 2021 qu’elle se décide à mettre à exécution son projet ultime : ouvrir sa propre boulangerie.


« Être une femme entrepreneure, même avec des diplômes, c'est difficile »


Pourtant, quand on est une femme entrepreneure, tout n’est pas toujours facile : « Les

banques remettaient constamment mes compétences en question : malgré ma carrière en

finance je n’y comprenais rien car j’étais une femme, et malgré ma formation en boulangerie je n’étais pas fiable car je n’avais pas assez d’expérience ».


Antonin, son compagnon, qu’elle a rencontré une dizaine d’années plus tôt sur les bancs

d’Assas pendant sa licence d’économie, décide alors de se joindre au projet. « Quand on

allait voir les banques avec Antonin, le regard était davantage porté sur lui que sur moi,

même s’il s’agissait de mon projet et que nous avions tous les deux la même formation en

finance ». En résumé : « Être une femme entrepreneure, même avec des diplômes,

ça reste difficile ». Mais, Amélia n’abandonne pas : « Mon expérience dans la finance, m’avais préparée au sexisme : des blagues salaces, j’en entendais tous les jours » ; « Je me suis dit : pourquoi un homme devrait réussir et pas une femme ? ».


Une boulangerie engagée


Forte de sa persévérance, la jeune femme obtient un prêt et trouve des locaux en avril 2022, après cinq mois de recherches. Trois mois de travaux précèdent l’ouverture de la boutique, en septembre 2022. Pour la production, un mot d’ordre : vendre des produits le plus qualitatif et le plus sain possible. Farine bio, sucres non raffinés, pas de gélatine, pas d’additifs, pour Amélia, « Il n’était pas question de faire de concessions là-dessus ». Antonin acquiesce : « Nous voulons vendre des produits dont nous sommes fiers ».


Photo de la vitrine MieMie | ©Adeline Glibota

A la vente, un éventail de choix : du plus classique, comme le traditionnel croissant ou pain au chocolat, au plus insolite, tel le roulé à la cardamone, ou encore le chou au sésame noir : « Mes voyages m’inspirent beaucoup : par exemple, pour mardi gras, on va faire des « semlas », des petites brioches suédoises fourrées à la pâte d’amande et à la crème ».


En vitrine, la plupart des sandwichs sont végétariens. Pourtant, Amélia fait volontairement le choix d’en conserver un au jambon. Car, si son commerce peut s’adapter aux végétariens, il s’adresse aussi à ceux qui ne le sont pas. A la carte, est également proposé un gâteau au chocolat noisette végan, et sans gluten. Mais, la notion d’inclusion occupe aussi une place déterminante dans son choix : « Le pain c’est un produit universel : tout le monde peut en acheter, peu importe ses moyens ». Elle ajoute : « Je pratique des tarifs raisonnables : pour moi il n’a jamais été question d’une boutique bijou avec des produits de luxe aux prix exorbitants ».


Le management autrement


Enfin, s’il y a une chose qu’Amélia met en avant, presque autant que ses créations : c’est

son équipe. Elle évoque notamment le travail de Simon, son apprenti, à qui elle laisse carte

blanche sur la préparation du pain le samedi : « Il fait son pain comme il l’entend, et teste

plein de techniques différentes ». Et si certains patrons ont parfois du mal à déléguer et à

faire confiance à leurs employés, chez Mie Mie, le pari est réussi : « Les clients adorent,

certains viennent uniquement pour le pain de Simon ».


Sur le mur qui jouxte la caisse, est apposée l’inscription « employés du mois ». Juste en

dessous, huit photos polaroid : une pour chaque membre de la team Mie Mie. « C’est très important que les clients puissent mettre un visage derrière les produits qu’ils achètent, parce que parfois, on ne se rend pas compte de toutes les personnes et de tout le travail qu’il peut il y avoir derrière ». Elle conclut, dans un sourire « Tout seul, vous n’êtes rien ».


Boulangerie MieMie

25 rue Sedaine

75011 Paris


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